seringueAprès découpage, dans les règles de l'art, du corps de Chantal Sébire qui n'avait rien demandé d'autre à la justice française que le droit de partir dans la dignité de son vivant, chose qui lui avait été refusée, les analyses ont conclu à ce que l'on appelle pour l'instant (jusqu'à plus ample informé) un "suicide", par absorption massive de barbiturique, l'avocat de Chantal Sébire préférant parler de son côté d'"autodélivrance", selon les informations mises en ligne sur le site Internet d'Europe 1.

Le pentobarbital, substance chimique complexe à action rapide utilisée par Chantal Sébire pour mettre un terme à ses souffrances a pour effet parmi d'autres, à dose modérée, de provoquer une narcose (mise en sommeil artificiel), et à dose toxique de priver le cerveau d'oxygène, l'empêchant d'assurer le maintien des fonctions vitales chez un patient qui aurait absorbé une dose létale du produit... Une façon de mourir plus ou moins paisiblement pour ceux qui ne veulent plus avoir à subir les désagréments, parfois insoutenables, causés par certaines maladies.

En France, le pentobarbital est indisponible à la vente en pharmacie (ça vaut mieux, vu le moral des Français depuis mai 2007), mais il est utilisé en milieu vétérinaire, notamment pour les euthanasies. Pas la même chose en Suisse et en Belgique, où la substance est en fait celle que l'on utilise, chez l'homme, pour les "suicides" médicalement assistés.

Dans ce que je serais facilement tenté de voir comme un acharnement "contre" Chantal Sébire, on aurait pu, on aurait dû en rester là, mais le magistrat chargé d'instruire le dossier a décidé de partir à la chasse au fournisseur, partant du principe que l'ancienne enseignante n'a pu entrer en possession de pentobarbital que de façon illégale, toute personne ayant facilité, permis son accès au pentobarbital utilisé ou en ayant fait davantage étant passible de poursuites pour des motifs qui seront surtout laissés à l'appréciation du magistrat instructeur, si tant est que l'on arrive jamais à déterminer les circonstances dans lesquelles le produit a été administré...

On pourrait croire que les choses se passent plus en douceur en Suisse, pays à-côté duquel la France fait figure de haut lieu du je m'en foutisme en matière d'euthanasie, mais là-bas aussi le débat est loin d'être clos entre les médecins (et pharmaciens) qui refusent de délivrer la substance, ceux qui acceptent de le faire, et ceux qui tout en étant pour ou contre l'euthanasie plaident "pour qu'une formation à l'accompagnement à la mort soit proposée aux médecins qui le désirent" (voir deuxième lien ci-dessous).

En bref, d'un côté du Jura on réfléchit et on agit, et de l'autre, on ignore ou on poursuit, laissant chaque année des centaines de médecins prêter un serment en totale contradiction avec la loi.

Chantal Sébire a absorbé une dose mortelle de barbiturique
http://www.europe1.fr/informations/articles/931002/chantal-sebire-a-absorbe-une-dose-mortelle-de-barbiturique.html

Pas de poison dans la table de nuit du candidat à la mort
http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/vaud/detail_vaud/(contenu)/169531

Serment de l'ordre français des médecins de 1996 (source : Wikipedia)


« Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leur convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.

J'informerai les patients des décisions envisagées, de leur raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.
Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demendera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité.

Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j'y manque. »