03 mai 2008
Souvenirs de Chine

Vues sur le blog de Manu (*) dans un sujet daté du 24 avril (c'est du réchauffé je sais), deux petites photos au sujet desquelles je vous laisse deviner où elles ont été prises.
Il faut cliquer sur les photos pour les agrandir. Ceci fait, vous pourrez chercher un drapeau chinois et le barbouiller d'insultes, ou préparer un autocollant pour votre voiture portant une inscription comme "Interdit aux blattes et aux Chinois", sauf que chez nous vous vous apercevrez vite qu'on vous taxera d'intolérance, voire de racisme anti-Chinois.
Ceux qui n'avaient pas vu les photos, en tout cas, apprécieront. Il ne manquent que des phrases comme "French women are bitches" (ou "sluts") ou "French bastards fuck their mother, when they know who she is" pour compléter le tableau !
NDR : French women are bitches : les femmes françaises sont des putes. French bastards fuck their mother, when they know who she is : les bâtards français baisent leur mère, quand ils savent qui elle est.
(*) La Chine m'a (un peu) choqué (NDR : avec un axantégu manu !)
http://www.blog2manu.com/mon_weblog/2008/04/france-chine-di.html
Apologie des petits
On est toujours dans la suite de la discussion très intéressante qui se construit lentement dans les commentaires du sujet précédent. Pas vraiment de la politique, mais pas vraiment autre chose non plus. A un an de l'élection de Nicolas Sarkozy, je pense que des centaines de milliers de cas personnels, comme le mien puisqu'il faut bien en choisir un (et autant parler de ce que je connais, c'est plus honnête envers les lecteurs de ce blog), sont suffisamment édifiants pour montrer certaines facettes de la boule (à facettes, donc) qui fait que quoiqu'il arrive, Nicolas Sarkozy ne sera jamais un président de la République digne de ce nom pour notre pays.
Beaucoup ne le réalisent que maintenant, sortant d'une espèce de torpeur où les avait plongées les agitations assommantes du petit Nicolas, moi je m'en suis aperçu le soir du 6 mai 2007, quand j'ai appris par les médias qu'aussitôt élu, sa Suffisance Nicolas Ier avait choisi de célébrer son triomphe au Fouquet's, entouré majoritairement de grands patrons (pardon, d'amis de vingt ans) et de tout ce que la droite comptait alors de bouffeurs de fion issus de tous les horizons, prêts à dérouler leur langue sur toute sa longueur en se disant que l'adresse dont ils feraient preuve pour faire du bien au petit Nicolas serait toujours un bon point marqué pour l'avenir.
L'avenir a donné raison aux bouffeurs de fion, signant l'élimination pure et simple d'une France dont le candidat Sarkozy avait promis un retour en force. "Putain, 4 ans...", titre le dernier numéro de Marianne... Alors qu'on a l'impression que ça fait déjà quatre ans que l'agité s'acharne à démolir le pays...
Les boules.
Les situations que tu décris dans ton commentaire intitulé "Contexte" sont surtout valables pour les petites PME qui hésitent à "créer" un poste (là où il n'y en avait pas) ou pour les entreprises qui recrutent "par service", si je puis dire. Dans mon domaine d'activités en tout cas, on va dire le développement marketing ou commercial, le management, l'organisation interne, les gens sont rarement limités par des contraintes budgétaires, car travaillant dans des secteurs que l'on décrit poliment comme étant des secteurs "à forte valeur ajoutée" : parfois de vrais escrocs en col blanc, qui tarifent des montants sans aucun rapport avec les prestations réalisées puisqu'il s'agit souvent de sociétés de service(s)... Ceci dit, même dans des boîtes comme celles-là, la suppression de budget ou restriction budgétaire est devenue un argument que l'on n'hésite jamais à dégainer pour expliquer à un candidat pourquoi sa candidature n'a pas été retenue, même si parfois, tu apprends la semaine suivante que l'entreprise s'est offert un type totalement inexpérimenté qui sort d'une grande école ou un boulet sur le plan financier qui a tellement bidonné son cv qu'en passant cinq minutes sur Internet et en passant deux, trois coups de fil, tu peux t'apercevoir qu'il a inventé 99% de son parcours (et de ses résultats, etc.). Je ne parle pas des boîtes (PME comprises) qui disent ne pas avoir le budget pour recruter mais qui font appel à des prestataires effectuant des travaux et rendant des rapports d'activité de niveau, euh, troisième, et qui elles aussi tarifent leurs prestations pour des montants absolument sans rapport avec la valeur ajoutée qu'elles produisent. Vu des cas de sociétés dites de conseil en marketing, notamment (justement), dont on pouvait "démonter" l'intégralité des travaux effectués au cours des cinq dernières années en moins d'une demi-journée. Ce n'est pas une chose rare.
Pour les frais de déplacement pour des entretiens éloignés, ben c'est simple : puisqu'il n'y a pas de législation sur le sujet chez nous, soit l'entreprise les prend en charge, ce qui arrive de moins en moins souvent, soit le demandeur d'emploi a les moyens de "casquer", y compris parfois l'hôtel et les repas pris sur place, et alors on parle en général de demandeurs d'emploi indemnisés, soit le demandeur d'emploi n'a pas ou plus les moyens de se rendre à ce genre d'entretiens. Il ne peut donc pas s'y rendre et évite les offres qui en impliquent (mon cas et celui de beaucoup).
Au final, tout ça, je veux dire la recherche d'emploi, reste beaucoup plus aléatoire que la pêche à la ligne. Tu as beau investir peu ou beaucoup dans un matériel adapté, qui sera très rustique ou ultra-perfectionné en fonction de tes moyens, préparer une amorce ou plusieurs, choisir tes appâts avec soin et même monter des lignes qui sont des chefs-d'oeuvre du génie humain, la probabilité d'accrocher un poisson reste quoiqu'il arrive beaucoup moins élevée que celle d'en prendre un en restant le cul vissé au bord d'un étang rempli de vase, avec juste ton bob sur la tête pour les heures où le soleil cogne trop fort. Pas besoin en général de regarder si ton fil bouge quand tu vas à la pêche à l'emploi, concernant les demandeurs d'emploi de longue ou très longue durée, comme je l'écrivais on ne peut plus sérieusement un peu plus haut, les gens t'appellent plutôt "par erreur"... Quand on en vient au point crucial où un con qui n'est pas capable de lire un cv pourtant on ne peut plus explicite te demande : "mais au fond, depuis quand exactement n'avez-vous pas travaillé ?", et que tu lui réponds "octobre 2003", l'affaire est réglée. Il ne se démène même pas, maladroitement en général, pour te monter un paquebot t'expliquant qu'il procède dans un premier temps à une simple sélection téléphonique, et qu'il ne manquera pas de te recontacter si ta candidature retient son attention après comparaison menée de façon très scientifique avec toutes les autres... A ce moment-là évidemment, tu sais déjà que tu n'entendras plus jamais parler de ton interlocuteur. Les a priori des autres, qui sont sans doute la chose la plus handicapante et la moins maîtrisable contre laquelle l'ensemble des demandeurs d'emploi ont à lutter, privent des candidats de grande valeur (j'en ai croisé finalement pas mal sur la durée) de toute chance de réintégrer le monde du travail, pour faire court.
J'en avais parlé dans le blog aussi, il fût une époque où moi aussi j'étais un vulgaire connard bourré d'a priori, faisant intérieurement des paris sur les chances d'intégration et de réussite de commerciaux que l'on m'avait mis dans les pattes et que je n'avais jamais choisis.
Je leur ai appris à faire un noeud de cravate, je les ai emmenés personnellement chez le médecin quand ils étaient terrassés par la grippe, j'ai volé au secours de gonzesses qui étaient tombées en... panne d'essence et même failli faire des kilomètres pour changer la roue de bagnole d'une ch'tiote qui travaillait pour moi, j'ai vraiment tout fait pour eux (et pour elles), à part évidemment ce qui ne rentrait plus du tout dans le cadre du boulot comme les aider à gérer leurs problèmes de coeur ou avec leurs proches qui influaient sur leur bien-être, donc sur leur rentabilité dans le travail. Combiné à des formations théoriques et pratiques comme celles que j'aurais moi-même voulu recevoir en intégrant un certain groupe (on en a dit qu'il s'agissait d'un travail top niveau, d'une qualité et d'une efficacité jamais vues dans un groupe qui était tout de même à l'époque le numéro deux mondial de son secteur...), tout cela m'a permis en tant que manager de pulvériser les objectifs, et accessoirement d'obtenir des résultats qui dépassaient le double de ce que mes collègues managers obtenaient, sans trop me fouler en plus puisque j'adore bosser et que je ne rechignais jamais à aller mouiller ma chemise sur le terrain au contact du "vrai" client, celui dont d'autres ne font que parler alors que souvent ils le traitent comme la dernière des merdes... Récompense pour les efforts déployés et pour les résultats obtenus, avec même des contacts fructueux que j'avais établis avec des grands comptes locaux pendant que d'autres suaient à grosses gouttes en entendant simplement leur nom prononcé, on m'a viré comme un malpropre, me faisant en fin de CDD une proposition si grotesque que le responsable d'entrepôt que j'avais en face de moi n'a pas dû encore en revenir, puisque schématiquement, je me suis assis, on a parlé rémunération, puis je me suis levé et je suis sorti de la pièce en le remerciant de m'avoir "reçu". Même pas eu le temps de faire chauffer la chaise sur laquelle on m'avait prié de m'asseoir. Aujourd'hui, cinq ans ou presque de chômage après d'autres expériences un peu similaires qui ont suivi celle-ci, mais je n'ai aucun remords. A la longue, dans cette boîte et dans d'autres, j'ai développé un sentiment nouveau pour moi, qui n'étais pas du tout le genre de gars à me mettre spontanément en avant. Je me suis tout simplement aperçu que j'en avais plein le cul de faire tourner à moi tout seul des services entiers pour rester indéfiniment enfermé dans des postes de grouillot, de "dépanneur" qui n'intervient que pour remplacer untel, et que beaucoup finissent par haïr (le mot n'est pas trop fort) parce qu'il leur rappelle qu'ils ne sont théoriquement pas là pour se branler les couilles ou s'enfoncer les doigts... Rétrospectivement, il n'y a que les gens que j'ai formés qui, à 99% (toujours une exception par-ci par-là), auraient donné leur vie pour moi, enfin de façon imagée. Parce qu'ils savaient que la réciproque était toujours vrai, et que quelles que soient les difficultés qu'ils rencontraient dans le boulot, "on" allait les surmonter, d'abord ensemble, avant que je ne les laisse voler de leurs propres ailes pour résoudre exactement les mêmes problèmes. Et ils réussissaient. La motivation, le management ou même le marketing, ce sont de vrais métiers, mais qui requièrent souvent beaucoup plus de qualités humaines, ou d' "intelligence humaine" si tu veux, que de connaissances techniques et de compétences acquises. Dans les bouquins de management et d'organisation, on t'expliquera toujours que l'intégralité des choses dont je parle plus haut sont du vent, et on classera les managers comme moi dans la catégorie des gens qui... n'existent pas, et qui ne doivent d'ailleurs pas exister, puisque le credo de l'entreprise moderne depuis une bonne vingtaine d'années en la matière, c'est de se dire et de se répéter qu'on est les meilleurs jusqu'à ce que ce qui n'est souvent qu'un rêve délirant devienne une réalité... L'inconvénient de la méthode Coué appliquée au monde du travail, c'est qu'elle ne marche tout simplement pas. Il ne suffit pas de faire des noeuds à un mouchoir ou à une cordelette, et de se répéter autant de fois qu'il y a de noeuds une incantation quelconque pour faire avancer le schmilblick, il faut savoir lever le cul de son burlingue, essayer de comprendre comment les autres fonctionnent (donc en avoir envie), et être suffisamment ouvert, ou humain surtout, pour s'y intéresser, sans perdre pour autant de vue des objectifs qui font croûter les salariés de ta boîte à la fin du mois.
Depuis que j'ai des problèmes de santé, je me sens un peu éloigné de tout ça, mais très peu en vérité : la nature du gars qui aime se dépasser et qui n'a pas peur de se faire mal reprend toujours le dessus, c'est comme ça et pas autrement.
Bref... Dans le passé, quand j'étais ultra-motivé pour trouver du boulot et que les résultats n'étaient jamais au rendez-vous, j'avais souvent tendance à me dire : "ces cons, ils ne savent pas à-côté de quoi ils viennent de passer". Aujourd'hui je me suis beaucoup plus relaxé par rapport à ça. Aux histoires de boulot que d'autres continuent de me raconter, avec des cas de démotivation extrêmes, de harcèlement caractérisé, d'inaptitude du management à produire quoique ce soit dans bien des cas, quand je suis confronté à une "recruteuse" comme celle de l'autre jour qui globalement traite les candidats dont je suis comme des merdes, je me dis simplement que le pays tout entier est très mal barré, avec des gens qui n'en veulent plus, qui n'ont plus la niaque, qui ne brillent que par leur incompétence et par le mépris qu'ils affichent pour des semblables qui pourraient pourtant prendre leur place demain matin.
Le monde du travail me donne maintenant envie de gerber. Malgré des expériences courtes entrecoupées souvent de longues périodes de recherche, j'en ai peut-être trop bavé des ronds de chapeau, trop essayé d'apporter quelque chose de "différent" pour pouvoir tolérer (psychologiquement) de devoir assister les bras croisés à l'effondrement de mon pays tout entier, qui est une équipe, pas vraiment différente de celles qu'on m'a demandé de tirer du néant, mais dont personne ne s'est jamais occupé (et ça c'est quasiment criminel).
Sans doute pour ça, aussi, que l'essentiel de ce que je pourrais appeler les politiques "décisionnaires" me donnent envie de gerber, et vraiment rien de plus. Je ne me sens rien de commun avec ces poids morts qu'on devrait muter en masse au service du nettoiement de la ville de Paris, ou sur des chantiers de BTP, où il doit se trouver bien plus d'un mec qui n'a pas fait autant d'études et qui ne parle peut-être pas aussi bien que le plus con des députés, mais qui en a beaucoup plus dans le citron, et qui sait ce que des notions comme l' "investissement personnel" signifient, avec en plus une authentique forme de génie chez certains, qui arrivent à produire des résultats à leur petit niveau même quand aucune des conditions normalement requises pour le faire n'est réunie.
Disons-le, la France, tout au moins ce que l'on en a déjà fait, et a fortiori ce qu'elle promet de devenir sous le règne d'un rigolo qui n'a que deux bras cassés et un énorme melon à lui offrir, est elle aussi devenue un pays qui me donne envie de... vomir (s'il n'y avait pas "les Français").
Illustration : Histoire de France pour les cours élémentaires. 1969.
Bientôt 1 an de Sarkozy... Avec à la clé une explosion du nombre, de la variété et de l'intensité des drames vécus
Commentaire très intéressant de notre ami olaf ici : http://poliblog.canalblog.com/archives/2008/05/01/9017990.html#c14510402 , intitulé "Résilience et rééducation".
olaf y parle du chômdu, de la motivation de celui qui cherche du boulot, et de la nécessité pour lui de trouver, en quelque sorte, un nouvel équilibre de vie pour tenir le coup psychologiquement quand la situation perdure. Mieux encore, olaf cite un lien pas inintéressant du tout dans son commentaire, qui renvoie vers un article court mais très intéressant lui aussi de Jérôme Vermeulen, psychologue et psychothérapeute bruxellois (qui a donc la frite).
Ca tombe à pic, ce commentaire d'olaf, car ce soir j'ai le moral au fond des chaussettes et je n'avais aucune envie de parler de politique. Quoique... Parler du drame vécu par des millions de chômeurs dans un pays où l'on s'est fixé pour règle soit de les montrer du doigt (gouvernement), soit de ne même pas parler d'eux (syndicats !), c'est un sujet on ne peut plus politique. Surtout à l'heure où il se trouve encore des crétin(e)s pour essayer d'expliquer la chute continuelle de popularité de Nicolas Sarkozy, un homme dont, par-dessus tout, on dira peut-être dans le résumé de sa première année de mandat diffusé toute la journée de lundi sur iTélé qu'il n'a jamais levé ne serait-ce que le petit doigt pour les demandeurs d'emploi en... 365 jours.
Etrange, pour un gars qui n'hésitait et qui n'hésite toujours pas à se présenter comme le président du plein emploi... Vous me direz, il disait exactement la même chose pendant sa campagne, où bon nombre n'ont pas pu s'empêcher de remarquer, sans forcément chercher à le railler, qu'il adorait déjà porter des vestes beaucoup trop grandes pour lui.
Que voulez-vous, la grandeur, ce n'est pas une question de "gueule", qu'il faudrait ouvrir de façon tonitruante ou trop souvent. C'est surtout une affaire d'humilité, de respect de ses concitoyens, en tout cas pour un président de la République, et dans un domaine comme dans l'autre, on peut dire que Nicolas Sarkozy a un léger problème. Avec lui-même, avec les Français, avec un peu tout ce qui vit et qui n'est pas lui quand on y réfléchit.
Réponse à olaf, mais tout le monde peut en profiter après tout
"La morale pragmatique, c'est de trouver des sources de satisfaction en-dehors de la recherche d'emploi infructueuse."
Pour reprendre l'article que tu cites (court mais à lire), il est sûr que la disparition du lien entre actions (démarches du demandeur d'emploi) et résultats est extrêmement destructrice sur le plan psychologique. Qui ne se sentirait pas dévalorisé quand il a le sentiment de rater tout ce qu'il entreprend ? Sentiment fortement renforcé, en passant, par le discours ambiant, qui tend à dire que si tu ne trouves pas de boulot, c'est obligatoirement parce que tu n'en cherches pas, puisque tout le monde recrute dans tous les secteurs à en écouter certains...
Décompresser, relativiser quand la situation s'éternise, ça ne peut effectivement passer que par la découverte d'autres sources de satisfaction, une modification radicale de ton emploi du temps, qui ne doit plus tourner exclusivement autour de la recherche d'emploi puisqu'après des échecs répétés (plus il y a de tentatives, plus les échecs ou réponses négatives -considérées comme tels- sont nombreux pour un demandeur d'emploi de longue durée), tu ne peux pas t'empêcher quelque part de croire que ce que tu fais ne sert à rien, même si tu continues à chercher en adoptant presque un rythme de salarié (!)... Ingérable psychologiquement.
Ceci étant posé, il n'est pas si facile de se trouver des occupations (nouvelles, souvent) qui te démontrent que tu n'es pas un "raté", un "bon à rien" ou un "branleur". C'est d'autant moins facile en fait que volontairement ou involontairement, c'est plus ou moins l'image que te renvoient les gens que tu fréquentes et même des environnements dans lesquels tu ne t'attends pas forcément à être rappelé à ta condition de "nul", qui a échoué mille fois. De poids mort dans une société qui ne parle que d'emploi (mais jamais de personnes), et même pire encore, de la nécessité pour tous de... travailler plus ! L'hyper, où tu vois un type bien habillé attraper dans un rayon un produit que toi tu n'as pas les moyens de t'offrir, alors déjà que tu as honte de tes pompes qui ont fait la Grande Guerre... Les bagnoles à peine sorties d'une concession, que tu vois tous les jours dans la rue, et qui même quand ce sont de tout petits modèles, te rappellent invariablement que la tienne, bien que vaillante, vient de dépasser les 100.000. Les gens, qui te précèdent dans la file d'attente chez le marchand de journaux, qui te donnent l'impression de parler au commerçant avec l'assurance de ceux qui auraient les moyens de s'offrir la moitié des magazines si ça leur chantait... C'est souvent quand tu constates que ton porte-monnaie est toujours vide ou presque que tu commences à plonger moralement, à concevoir presque de la haine pour ce que tu commences à voir comme un "système" qui s'est ligué contre "toi". J'en avais parlé dans un précédent sujet déjà, les autres chômeurs, tu ne les rencontres plus. Ils te donnent presque envie de gerber (ce sont des miroirs vivants du raté que tu te persuades d'être devenu). De même que les prestations à la con que l'on te propose, du genre "on va tous se serrer les coudes"... Quand tu traînes plusieurs années de chômdu derrière toi, comme un boulet de 250kg, en permanence, tu deviens à-moitié asocial. Adepte des tous petits plaisirs en solo, comme la rédaction d'un blog, là où au moins il n'y a personne pour te rappeler que tu es "moins" (voire que tu n'es "rien"), ou pour s'étonner du fait que toi, le mec qui sait tout faire ou qui as simplement deux bras et deux jambes, tu n'aies pas encore "trouvé".
Comme l'explique en peu de mots le texte de Jérôme Vermeulen, tu "acquiers" non pas une résignation mais "la" résignation, parce qu'elle devient le seul moyen de tenir psychologiquement. Tout en maudissant ceux qui, sans même le réaliser, ne cessent de te demander des comptes, exigeant en plus de toi que tu restes affable, souriant, décontracté quand tu as l'impression de voir ta vie partir en lambeaux (tu les maudis beaucoup plus encore que tu ne le devrais, parce que tu ne peux jamais leur dire à quel point ils sont des crétins, à quel point il y a quelque chose de véritablement inhumain dans leur comportement vis-à-vis de toi, certains ayant un don inné pour toujours appuyer par inadvertance là où ça fait le plus mal), tu finis par voir globalement la recherche d'un emploi, si tu la poursuis malgré tout (mais en levant le pied, hein), comme quelque chose de totalement aléatoire, dans lequel quoique tu fasses et quels que soient les efforts que tu déploies, ta sueur pourra ne pas être payée de retour. Tu te dis même que tous tes efforts auront beaucoup plus de chances de ne pas être couronnés de succès que l'inverse.
Terrible... Chercher un emploi, en tout cas pour un demandeur d'emploi de longue durée, ça demande autant de détachement, autant d'inconscience que si tu "devais" remplir une grille de loto, mais "seulement pour toucher le gros lot" ! Tu penses, tu sais que ce que tu fais est fou. A moins que ce ne soit toi qui le soit devenu (?).
Une fois que tu as admis tout ça, une fois que tu as admis une impuissance qui ne peut qu'être insupportable "au début", ou une fois que tu as acquis la résignation qui seule te permet de tenir, comme dirait le psy (en fait son boulot consiste à travailler là-dessus, mais on simplifie), tu commences à te sentir non pas "bien", mais juste "un peu mieux dans tes pompes", et ce mieux, qui peut être tout à fait insignifiant, n'a en réalité pas de prix : c'est lui qui te permet de ne pas baisser les bras. De continuer à postuler. De temps en temps. De continuer à te prendre des claques, sauf que quand tu en reçois, la colère du début cède la place à une sorte de haine simulée, un peu comme lorsque l'autre jour j'écrivais que je glisserais bien dans un sujet du blog que "Madame X de la société Y est une salope"... Le verbe est outrancier, et je n'écrirai sans doute pas un truc pareil dans le blog un jour, mais le fait de le penser, de me le dire intérieurement ou de l'écrire a un effet libérateur qui lui non plus n'a pas de prix. Une manière de tourner la page sur une énième déception, qui m'aurait vraiment fait enrager après "seulement" un an de chômage par exemple... Tes satisfactions deviennent aussi minables que "toi", parfois.
Ceci dit, tout est relatif. Dans la réalité, si j'avais un boulot, je penserais exactement le même genre de choses de madame X, sauf qu'au lieu d'employer le mot "salope", j'emploierais peut-être le mot "ordure". Qui me paraît parfaitement convenir à ce genre d'individus qui se comportent comme des jean-foutres, inconscients qu'ils veulent être (et rester) de l'effet produit par un mépris habituel et bien installé chez eux pour les candidats, les demandeurs d'emploi de longue durée ayant toujours droit à un traitement de faveur (on les reçoit le plus souvent par... erreur -!-, parce qu'on a mal interprété les dates dans leur cv par exemple). Evidemment, les chômeurs de longue, voire de très longue durée ressentent beaucoup plus durement que les autres le simple fait de ne pas avoir de nouvelles d'une morue comme madame X après plus d'un mois d'attente (oups, pardon ça m'a échappé), alors qu'elle s'était engagée mordicus à leur en donner au bout de deux semaines maximum...
Sujets d'étude intéressants en tout cas. Les mécanismes qui conduisent à la destruction psychologique d'un individu, qui dans la réalité a souvent toutes les qualités requises pour occuper un emploi, tenir un rôle "social" (avoir une place, bordel !) dans la pseudo-communauté aussi bien que n'importe qui d'autre (on ne parle pas des vraies truffes, qui souvent sont toujours en poste, notamment dans les DRH où elles pullulent, tremblant parfois d'angoisse à l'idée d'être découvertes un jour par un chien dressé à la recherche des champignons qui coûtent beaucoup plus cher qu'ils ne valent) : appliquée aux millions de chômeurs qui, n'en déplaise à certains, vivent quotidiennement le même genre de drames, grand ou petits, et qu'ils perçoivent toujours d'une façon qui leur est propre dans un pays exceptionnellement frappé par le chômage comme la France (par rapport à d'autres pays européens, où pour lutter contre le chômage on a choisi de traiter le salarié "aussi" comme de la merde...), la résignation acquise (ou impuissance assumée) a un aspect authentiquement terrifiant.
Tiens... Je viens d'ailleurs de voir que Vermeulen pose comme pré-requis à la "résignation acquise" ce qu'il a choisi de traduire par l' "impuissance apprise" (je préférerais "assumée" mais bon, on s'en fout)... Comme quoi les idées se rejoignent sur le sujet.
Tout est devenu limpide donc, j'aurais dû essayer de devenir psy (!), au lieu de m'échiner à parler de "résultats" en entretiens à des branleurs qui ne reçoivent un maximum de candidats auxquels ils ne donneront jamais de réponse que pour justifier d'un salaire trop élevé (et bien immérité, souvent) à la fin du mois. :)
L'impuissance apprise
http://www.lepsychologue.be/psychologie/impuissance-apprise.asp
La résignation acquise
http://www.lepsychologue.be/psychologie/resignation-acquise-chomage.asp
Illustration : http://www.concern-eap.com/ee-dep/depression.htm , et par un incroyable fait du hasard, ça parle entre autres de dépression au / liée au travail, mais en anglois.
