tensiometreCela s'est passé hier matin, dans les jardins de la résidence de la Lanterne : alors qu'il faisait son jogging quotidien depuis deux ou trois minutes (quarante-cinq, officiellement), Nicolas Sarkozy s'est écroulé comme une grosse merde, obligeant les gardes du corps qui le suivaient à faire un pas de côté pour ne pas marcher sur les bourrelets du petit.

Mais lisons plutôt le témoignage, ô combien précieux, rapporté par l'envoyé spécial du Poliblog à la Lanterne, qui a eu la chance de rencontrer l'un des gardes du corps qui accompagnaient le président au moment même où le souffreteux a plongé, tête la première, dans une mer de cailloux.

Poliblog - Bonjour, pourriez-vous vous présenter rapidement à nos lecteurs SVP ?

Garde du corps - Mais bien sûr : mon nom est B3, et je suis l'une des asperges bodybuildées qui suivent le président de la République dans ses joggings matinaux.

Poliblog - "B3", c'est curieux comme nom, ça veut dire quelque chose ?

B3 - Ben oui, c'te bonne blague... Le président trouvait que "garde du corps", ça faisait bidon comme expression, "trop franchouille" qu'il disait, alors il a décidé de nous appeler ses "bodigouardes". Moi, comme je suis le troisième, celui qui court derrière la fesse gauche du chef de l'Etat, on a décidé de m'appeler B3. Mon voisin, dans la même logique, celui qui court derrière la fesse droite, c'est B4 : si vous voulez, quand le vent souffle de la droite du groupe, si le président a mangé des fayots la veille, c'est moi qui en prend plein les narines, alors que quand le vent souffle de la gauche, parfois, c'est B4 qui change de couleur et qui s'arrête pour dégueuler.

Poliblog - Vous êtes très courageux, mais revenons à notre sujet : pourriez-vous nous expliquer, en quelques mots, ce qui s'est passé hier matin ?

B3 - C'est simple, on venait de sortir du bâtiment, le président courait comme un canard et on était en train de se foutre de sa gueule, comme d'habitude, surtout de ses bourrelets qui rebondissaient comme des poches d'eau, quand le petit s'est aplati comme un mollard craché du dixième étage. On n'a rien eu le temps de comprendre, il s'est écroulé, comme ça, d'un coup on aurait dit que ses petites gambettes avaient cessé de le porter...

Poliblog - Qu'avez-vous pensé à cet instant précis ?

B3 - Avant de penser à me faire payer mes heures supp, parce que travailler plus, c'est bien gentil, mais au bout d'un moment il faut tout de même que le patron passe à la caisse, hein, ben emporté par mon élan, j'ai dû faire un pas de côté pour éviter de marcher sur la gueule du président : en passant à sa hauteur, je me suis simplement dit qu'il avait buté sur un hérisson (c'est déjà arrivé), bien que théoriquement, B1 et B2 soient chargés d'ouvrir la voie en virant les gros cailloux et tout ce qui pourrait encombrer la trajectoire du chef de l'Etat.

Poliblog - Que s'est-il passé ensuite ?

B3 - Bah, on s'est penchés sur lui pour voir s'il remuait les oreilles, mais le président était raide comme un bout de tek : des filets de mucosités dégueulasses lui sortaient des narines et de la bouche, alors on a compris que c'était peut-être grave, mais comme personne ne voulait le toucher parce qu'on ne voulait pas attraper une saloperie, on s'est dits que soit on le laissait crever là, soit on trouvait un con pour lui prendre le pouls et voir s'il était crevé.

Poliblog - Comment avez-vous fait ?

B3 - Pendant que B4 refaisait son lacet et que moi, je veillais de loin sur la dépouille du petit qui, par cette chaleur, commençait déjà à attirer quelques bousiers, B1 et B2 se sont dirigés vers la grille de la propriété et ils ont braqué un mec qui passait par-là pour qu'il vienne prendre le pouls du président : B2 m'a avoué plus tard qu'au départ, le gars ne voulait pas, mais que quand il lui avait enfoncé le canon de son 45 dans la bouche, il s'était montré beaucoup plus coopératif, assurant même que sitôt la prise de pouls terminée, il irait prendre sa carte de l'UMP...

Poliblog - Ne vous égarez pas s'il vous plaît, qui a pris le pouls du président, finalement ?

B3 - Le gars dont je viens de parler : il a attrapé le poignet du président, du moins celui où le petit ne porte pas de Rolex de trente kilos, il a collé son oreille contre les narines du chef de l'Etat, et malgré les mucosités qui continuaient d'en sortir, rassuré peut-être aussi parce qu'il venait, croyait-il, de sauver sa peau, il s'est redressé en disant, les jambes tremblantes, que "monsieur le président était toujours parmi nous" ! A ce moment-là, on s'est aperçus que le gars s'était pissé dessus (sans doute quand B2 lui avait enfoncé son flingue dans la bouche), alors B1 et B2 l'ont frappé violemment avant de le traîner comme une serpillière jusqu'au chenil de la propriété, qui était tout proche.

Poliblog - Qu'est devenu cet homme ensuite ?

B3 - Je n'en ai aucune idée, je ne suis pas payé pour m'occuper des civils qui ont des problèmes de vessie.

Poliblog - Euuuh, à votre avis, le président a-t-il fait une crise cardiaque ?

B3 - A mon avis, au-delà de cinquante ans, comme l'a d'ailleurs rapidement sous-entendu plus tard un chirurgien cardiaque à la télé, seul un con en situation de surpoids, mais qui suit quand même des régimes de fou, tient absolument à faire un footing dès le matin quand on annonce des températures proches de la canicule...

Poliblog - Bon, alors, Sarkozy tétant ses cailloux et se vidant de ses mucosités dans une allée du parc, après l'épisode de la prise de pouls par un citoyen volontaire, vous avez donné l'alerte ?

B3 - Pas moi, c'est B1 qui doit donner l'alerte, sauf dans le cas où il ne pourrait pas le faire, auquel cas ce doit être B2. Maintenant, si B2 prend une balle dans le citron ou saute sur une mine ou n'importe quoi, c'est moi qui donne l'alerte, et si un jour, B1 et B2 sont hors service et que moi je meurs étouffé dans les effluves d'un pet du président par exemple, c'est B4 qui donne l'alerte : on travaille à l'américaine, tout est parfaitement réglé sur ce plan-là.

Poliblog - Mais si de B1 à B4, vous étiez tous hors d'état, que se passerait-il ?

B3 - Dans un tel cas de figure, le président serait mort hier : il se serait noyé dans ses glaviots et aurait séché comme une bouse au soleil, jusqu'à ce que des insectes commencent à le bouffer probablement.

Poliblog - Heureusement si l'on peut dire, les secours ont pu être avertis rapidement !

B3 - M'en parlez pas !... Le temps que B1 comprenne le fonctionnement de son walkie, après quarante-cinq minutes passées à quatre à appuyer sur tous les boutons de l'appareil pour allumer cette putain de lumière verte, on a fini par pouvoir discuter avec un radio-amateur ivoirien... Une chance pour nous, le gars était un fan de Laurent Gbagbo, alors il a accepté de nous dépanner en appelant l'Elysée en PCV !

Poliblog - Hmmm, what happened next ?

B3 - Quelques minutes après que l'alerte ait été donnée par le gus, une myriade d'hélicoptères dont le plein avait été payé par le contribuable se sont mis à tournoyer au-dessus de la propriété : il y en avait tellement qu'on se serait cru le 6 juin 44, avec des hélicos dans le rôle des GIs déferlant sur les plages, d'ailleurs la plupart n'ont pas pu se poser et ont continué à tourner comme des mouches pendant qu'un seul atterrissait au milieu du parc. J'vous raconte pas l'état des freesias !!!

Poliblog - Mon Dieu, quel suspense ! Ensuite ?

B3 - Ben, des mecs en costard et en blouse ont jailli de l'hélico qui s'était posé, et après avoir passé un ciré jaune, un costaud a jeté le petit sur son épaule et l'a lancé comme une valoche dans la soute de l'hélicoptère d'où il était descendu : il faut dire qu'entre temps, le petit avait continué à baver et que c'était vraiment dégoûtant, avant l'embarquement, on aurait dit qu'on lui avait badigeonné tout le museau avec du bain moussant !

Poliblog - Eh bien ! Maintenant, avec un minimum de recul, que pensez-vous de l'hypothèse d'un "simple" malaise vagal, à savoir de la version communiquée aux médias par l'Elysée au sujet de cet incident ?

B3 - J'en pense que c'est du pipeau : quand on court derrière le président de la République, je veux dire, pour les gens comme moi qui ne lui courent pas après que pour lui lécher le cul, on voit très bien qu'il n'arrive plus à supporter le poids de ses chevilles. Ca fait des mois que ça dure... Et sur le plan cardiaque, c'est très mauvais, de faire du footing avec un bloc de béton à chaque pied. Vous ajoutez à ça l'excédent pondéral, les excès de table, les horaires de freluquet qui se prend pour un cador, et encore la démarche en canard qui oblige le président à courir comme un Subuteo, toutes les conditions sont réunies pour qu'au cours d'un prochain footing, le chef de l'Etat finisse le nez dans une fourmilière, sauf que cette fois-ci, vu qu'on n'aura toujours pas les walkies avec un seul bouton qu'on réclame depuis des lustres, on ne pourra rien faire pour le sauver.

Poliblog - Voulez-vous dire que Nicolas Sarkozy a des problèmes cardiaques et qu'au prochain incident, il pourrait bien passer l'arme à gauche ?

B3 - L'arme à gauche ? Vous voulez rire, c'est plutôt moi qui vais devoir la passer !... Avec toutes les conneries que Sarkozy a faites depuis plus de deux ans, y'a toutes les chances pour que je sois bodigouarde d'un mec de gauche, quand le petit aura cassé sa pipe !

Poliblog - Croyez-vous que ça pourrait arriver rapidement ?

B3 - Moi, je peux parler de ce que je vois : le président, il n'avance plus quand on jogge. Quand on a le vent de face, non seulement, B4 et moi on en prend plein les narines à cause de la sueur, mais en plus, le président, il n'avance tellement plus que des fois, on dirait qu'il danse le moonwalk !

Poliblog - Qu'est-ce que vous faîtes alors, vous faîtes semblant de courir vous aussi ?

B3 - Nous on est derrière, alors quand on en a marre des simagrées du petit, B4 et moi on s'allonge dans l'herbe et on taille une bavette où alors on se fait bronzer un peu. Des fois, Sarkozy peut rester un quart d'heure comme ça, à faire le moonwalk, d'autres fois, quand il arrive à avancer, on se lève et en quelques foulées on rattrape le groupe.

Poliblog - Bodigouarde alors, c'est pas si enthousiasmant comme métier, finalement...

B3 - Vaut mieux faire ça que de vider les poubelles, si vous voulez mon avis : le président, il ne sent pas très bon, c'est sûr, surtout quand il court soit dit entre nous, mais au moins, vous n'avez pas besoin de le serrer contre vous pour le jeter dans un broyeur, et ça, croyez-moi, c'est appréciable quand on doit déjà supporter la gonflette quelques minutes par jour !

Poliblog - Eh bien, voilà qui conclue cette interview à chaud d'un bodigouarde, donc, du président de la République Française, auquel nous souhaitons naturellement un prompt rétablissement, en attendant son prochain infarctus qui, espérons-le, sera le dernier !