tricherieIl y a quelques jours, parlant de l'option d'une dissolution de l'Assemblée nationale (1) qui s'offrait à Nicolas Sarkozy et qui, à défaut le faire reculer indéfiniment, lui aurait à coup sûr permis de retarder considérablement le moment de sa mort politique, j'avais parlé d'un coup de Jarnac Magistral (avec un grand M) qui aurait plus ou moins consisté, pour le chef de son Etat, à reprendre la main de la manière la plus inattendue possible alors que ses opposants croyaient l'avoir amputé jusqu'aux deux épaules...

C'est fait !

En détournant, à son profit, l'essentiel de l'activité médiatique depuis hier soir autour d'un remaniement pour rire moins de vingt-quatre heures après que la droite ait reçu sa claque la plus douloureuse depuis plus de trente ans, le président de sa République a réussi une multitude d'exploits simultanés.

Premier exploit, sachant qu'il ne sert à rien ici d'établir une hiérarchie, en faisant saliver depuis hier soir (rapide !) des journalistes béats qui ne verraient pas arriver le cul d'un éléphant s'il leur pétait dessus (même Nicolas Domenach s'est fait berner comme un bleu), Sarkozy a rendu "obsolète" l'écrasante victoire de la gauche dans une élection qui aurait pu, voire "dû" sonner le glas de n'importe quel autre leader d'une majorité que l'on peut maintenant qualifier d'honnie par les citoyens : s'il n'y avait que ça, ce serait déjà un coup de maître !

Deuxième exploit pourtant, alors qu'on le croyait au plus mal, les flancs percés par la gauche, par l'extrême-droite (rappelons qu'en d'autres temps, cette dernière lui avait permis à elle seule de devenir président de la République) et pissant le sang par tous les pores de le peau, Nicolas Sarkozy a démontré que non seulement il était loin d'être aussi moribond et abattu qu'on pouvait le penser, mais encore que malgré une plantation de baobabs dans chaque main, c'était toujours "Lui", Zi Américane (qui pour le coup mériterait presque d'être appelé le "all weather president"), qui décidait toujours de ce qui est possible aujourd'hui en politique sur le plan national : jusqu'en 2012 ?

Troisième exploit, non moins méritoire que les deux précédents, en manoeuvrant pour s'adjoindre dans un naufrage dont d'autres ont trouvé le moyen de s'accuser (il est génial, ce Sarkozy !) le concours de deux figures de "l'opposition" interne à la droite, Baroin du côté des chiraquiens et Tron du côté des villepinistes, Sarkozy, tout en ne trahissant guère son propre camp (puisqu'il ne s'est débarrassé que d'un rebut : Darcos), a déjà réussi à faire croire à l'ensemble de la droite jusqu'ici bannie des affaires qu'elle pourrait jouer un rôle dans une phase (purement imaginaire) de "recentrage sur les fondamentaux", dont n'attendront désespérément le démarrage que ceux qui continueront à courir dans la combine (= dans les faits, les sarkozystes pur jus n'ont jamais parlé du moindre changement d'orientation, ni d'une quelconque prise en compte de messages qui selon eux, n'auraient d'ailleurs jamais été adressés par les électeurs à l'occasion des régionales à l'escroc qui les avait une première fois embabouinés en 2007 !).

Quatrième exploit, c'est celui-là justement, les Français, du moins ceux qui votent encore, et qui via les résultats des régionales ont clairement fait savoir qu'ils en avaient assez du sarkozysme, mais aussi de son absence totale d'efficacité et de son illisibilité permanente, ont dû réellement "croire", en zappant sur toutes les chaînes de télévision ce lundi, que leurs pressantes demandes avaient immédiatement été prises en compte (tu parles...) : ceux-là auront encore deux ans pour se demander si les journalistes les ont trompés parce qu'ils sont des crétins (les journalistes), ou bien si ce sont eux au contraire, lecteurs, auditeurs et téléspectateurs qui en sont, aucune inflexion n'ayant été annoncée  en politique intérieure  où que ce soit dans une droite dont, il y a à peine plus de vingt-quatre heures, les mêmes journalistes disaient qu'elle ne savait plus à quel nain se vouer (!)...

Cinquième exploit, quitte à passer pour un proxénète qui a pris pour habitude d'aller pêcher de la chair fraîche dans n'importe quelles eaux, pourvu que le gogo de base ait toujours ce qui, au fond et d'une façon très paradoxale, le rassure le plus (à savoir, du nouveau, bien qu'une caricature de changement fasse tout aussi bien l'affaire), Sarkozy aurait réussi selon nombre de journalistes une "ouverture à droite" (NDR : pas étonnant que le président prenne les journaleux pour des truffes) qui serait en quelque sorte un gage d'entrée dans une (plus qu'hypothétique) phase "d'apaisement" ponctuant tout un lot de réformes (elles portaient toutes sur des sujets purement anecdotiques, au regard de la situation déplorable du pays) durement ressenties par le peuple... Difficile à croire mais sur le papier, à la radio et à la TV, comme tout le reste ça tient debout ! Sauf qu'on n'a jamais fait du neuf en recrutant des suiveurs qui vendraient leur âme (ah pardon, ils l'ont déjà vendue) pour un siège en conseil des ministres (et ceci, bien que Villepin ait paraît-il encouragé Tron à sauter les pieds joints en Sarkozie : aussi crétins l'un que l'autre, ces deux-là).

D'où il ressort "globalement"... que Nicolas Sarkozy avait de toute évidence raison, à chaque fois qu'il a uriné sur des journalistes qui finissent toujours par publier ou dire exactement ce que l'on veut qu'ils publient ou disent (il suffit de leur tendre la bonne plume ou le bon micro), et qu'il avait diablement raison aussi à chaque fois qu'il a traité les Français de "cons" ou de "connards" (Dieu sait s'il y en a eues), les uns comme les autres s'étant faits rouler dans la farine par un "remaniement" qui aura surtout fait parler ceux que Nicolas Sarkozy fait vraiment manger à la fin du mois, à savoir les journalistes et les politiciens de droite (tout bien considéré, cela fait si peu de monde en France que ce sont deux populations dont on pourrait fort bien se passer), et ceux qui ont toujours la foi et qui mangeraient du vent jusqu'en 2012 (il n'y a aucune raison de leur servir autre chose, puisqu'ils en ont mangé sans broncher depuis 2007).

Pour l'anecdote, et pour en terminer avec le coup de Jarnac pas si magistral que ça de Nicolas Sarkozy, si Joëlle Meskens a choisi, ce soir-même, de titrer dans Le Soir que "le sarkozysme a perdu sa boussole", personnellement, je nuancerais beaucoup le propos en disant que pour se soucier d'une boussole perdue, il faut au moins avoir une petite idée de l'endroit où l'on veut aller, ce que la secte appelée "sarkozysme" n'avait pas hier, ce qu'elle n'a toujours pas aujourd'hui et qu'elle n'aura pas davantage demain, le président de sa République n'ayant pour principal objectif, depuis 1955 (ça fait un bout), que d'échapper le plus longtemps possible à l'asile psychiatrique... Objectif atteint ! Jusqu'à maintenant.

(1) Une solution, la dissolution
http://poliblog.canalblog.com/archives/2010/03/18/17273203.html

(2) Le sarkozysme a perdu sa boussole
http://www.lesoir.be/forum/editos/2010-03-22/le-sarkozysme-a-perdu-sa-boussole-760029.shtml

Dans le blog de JFK : Vous avez dit "poursuivre les réformes ?"
(NDR : encore un qui s'est fait pigeonner comme un débutant)
http://www.jeanfrancoiskahn.com/Vous-avez-dit-poursuivre-les-reformes_a85.html