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13 juillet 2007

La grande force de Nicolas Sarkozy

dormeurCe matin, interview de Jack Lang par Jean-Michel Aphatie sur l'antenne de RTL. Lang se pose en victime d'un François Hollande qui voudrait l'empêcher de se livrer à sa passion de toujours, la réflexion sur la réforme des institutions de la République Française... Jack trouve François tellement méchant, tellement injuste qu'il dit que les membres de la direction du Parti socialiste devraient démissionner collectivement.

Plus tard, plusieurs socialistes s'expriment sur la déclaration quelque peu inattendue de Lang, alors qu'Hollande reste silencieux et même invisible pendant une bonne partie de journée. Pierre Moscovici raille Lang en le présentant comme un spécialiste reconnu du retournement de veste, une sorte de prima donna qui serait attirée par les ors de l'Elysée comme la lumière attire le papillon... Il y a du vrai dans ce que Moscovici dit. Plus tard, Olivier Le Foll, plus sérieux, tente de limiter l'effet des déclarations de Lang en disant que le vieux Jack est totalement isolé au sein du Parti socialiste, qu'il est le seul à penser ce qu'il pense et que ses propos n'engagent que lui.

En soirée, Hollande finit par apparaître, plus, sans doute, dans le cadre d'une interview qui correspond à une mise au point qui devait être faite que dans le cadre d'une rencontre prévue longtemps à l'avance. S'exprimant dans le JT du soir sur France 2, où il est reçu par David Pujadas, François ne semble pas particulièrement gêné par la situation. Aussi flasque et aussi peu convaincant que d'habitude, on peut même dire qu'il semble assez tranquille, sans doute parce que François Hollande a toujours sous-estimé le formidable pouvoir de nuisance des médias, qui ont passé toute la journée à répéter, détailler et commenter la suggestion faite par Lang d'une démission collective des membres du bureau national...

François ne semble pas mesurer la gravité de la situation. Considérant presque l'affaire Lang comme réglée, il promet "qu'il va" ou qu'on va rénover le parti, qu'on va faire des trucs, mettre en place des machins, réaliser des fourbis ou parachever des bidules... "On le fera et on renouvellera autant qu'il sera possible les générations, on renouvellera le PS et il sera là".

C'est vrai, le PS sera peut-être là, mais sans François Hollande qui depuis bientôt un an fait la preuve quotidienne de son incapacité à gérer quoique ce soit. Alors contre toute attente, c'est... Ségolène Royal qui pourrait tirer les marrons du feu ! Evacuée, quasie-absente de l'actualité, Ségo est aussi tenue à l'écart de l'effondrement du Parti socialiste. Bien qu'ayant personnellement une grosse part de responsabilité dans la situation actuelle du parti, elle pourra, dans le futur, dire qu'elle n'était même pas là quand l'édifice s'est écroulé, et il sera tentant pour beaucoup de penser (à tort) qu'effectivement, Ségolène n'y a été pour rien !

Autre événement de la journée, le discours de Nicolas Sarkozy à Epinal, parce que Sarkozy se prend pour le général De Gaulle... Simple confirmation du fait que ceux qui attendaient du changement devront commencer par attendre un autre président que Nicolas Sarkozy, car le président gratifie tout le monde, à commencer par lui-même, d'une nouvelle séance de nettoyage en public avec une brosse à reluire de plus en plus grande, si grande aujourd'hui qu'elle ne passait plus entre les portes.

Sarko se fait plaisir. Il jouit. De tout. D'abord de ce qui est devenu une confiscation du pouvoir politique et du pouvoir de la presse : le président doit présider, le gouvernement doit gouverner, les parlementaires doivent parlementer et dans ce cadre, l'opposition doit s'opposer ! A condition que ce soit lui, Nicolas Sarkozy, qui tire les ficelles de tout ce petit monde. A-propos de Jack, Nicolas dit qu'il l'accueillera à bras ouverts, parce que "sa famille" a été méchante avec lui mais que lui, devenu président de la République Française, donc également le papa de tous les Français, n'est pas comme ça ! Autour de ce moment probablement orgasmique pour lui, Nicolas Sarkozy déroule une liste de guainoseries aussi pompeuses qu'ineptes, qui ne signifient rien, comme la plupart des guainoseries.

On répète partout aujourd'hui que ce sera Edouard Balladur qui, sauf en cas de décès, sera à la tête de la commission de réflexion sur la réforme des institutions. Autant dire que l'on ne va rien réformer du tout, mais qu'Edouard va pouvoir se refaire une garde-robe à peu de frais, ou faire arranger son goître entre une réunion portant sur l'amorce d'une idée et une entrevue consacrée à l'ébauche d'une question... Quant à Jack Lang, on devine déjà qu'il sera encore plus bronzé que d'habitude après des semaines de travail  forcément exténuantes : pour une raison très mystérieuse, le boulot, ça l'a toujours fait bronzer, le Lang...

Ces quelques lignes forment le triste bilan d'une journée au cours de laquelle il ne s'est rien passé du tout. Comme hier. Comme le jour d'avant. Comme celui qui a précédé et comme, peut-être, tous ceux qui suivront.

De manière différente, Jean-Michel Aphatie, dans son blog (article sur son interview de Lang ce matin), et Sylvain Besson pour Le Temps le rappellent : la grande force de Nicolas Sarkozy, c'est de faire croire qu'il se passe toujours quelque chose quand il ne se passe jamais rien.

Dans le monde du président de la République, le concret est remplacé par une construction de l'esprit, un truc énorme, agité, difficile à suivre, et qui de façon curieuse évoquerait plutôt le gigantesque bordel qu'était le programme présidentiel de... Ségolène Royal !

Rien d'approprié, rien qui tienne debout, rien qui ait le moindre sens par rapport à l'état d'urgence qu'il conviendrait d'instaurer dans tout le pays... A la lutte contre les déficits, Sarko a préféré le bouclier fiscal. A la lutte contre le chômage, le président a préféré la réflexion sur la réforme des institutions. A la nécessité de créer des conditions de séjour admissibles pour les détenus dans nos prisons, aussi, Sarkozy a préféré opposer un principe selon lequel le "fait du prince", en référence à des grâces qu'il aurait pu accorder à l'occasion de la Fête Nationale, ne devait plus être fait !

La facture ne cesse de s'allonger. Il faudra bien finir par la payer, car on ne peut pas être à la fois président et marchand de sable à plein temps.

Papier sur Lang dans le blog de Jean-Michel Aphatie
http://blogs.rtl.fr/aphatie/index.php/post/2007/07/12/Itv-Jack-Lang-12/07

Pas de "déstabilisation" du PS, selon Hollande (France 2)
http://info.france2.fr/france/32766730-fr.php

Sarkozy rejette un pouvoir présidentiel affaibli (Le Temps)
http://www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&article=211182

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Commentaires
P
Tu as raison, la comparaison avec Ségo n'était pas appropriée. L'idée que je voulais développer, et que j'ai particulièrement mal expliquée, c'est que Sarkozy me paraît multiplier les annonces dans tous les sens pour masquer ce que je vois comme un programme totalement vide sur les sujets majeurs que sont la relance de l'économie et de l'emploi, pour ne citer que ces deux thèmes. Ainsi, même quand Sarkozy ne fait "rien" (de notable), dans le bandeau iTélé on peut lire quasiment tous les jours qu'il s'est exprimé sur un sujet, même si le sujet n'intéresse que lui. Parfois ça en devient presque comique... Je ne sais pas s'il existe une liste de toutes ces déclarations que l'on dirait faites pour passer inaperçues "a priori", mais dont le but semble être de démontrer que l'omniboss ne s'arrête jamais (?).
M
et merci GM: avec toi et Gillou, je vais faire des progrès en Eco! Je lis Freud, Jung et Bachelard sans pb. mais pour les économistes il me faut plusieurs lectures et encore...
G
L'abrogation des 35 me me parait pas réalisable. Pour cela, un gouvernement aurait le choix entre 2 solutions: On revient aux 39 heures, payées 35, ou on revient aux 39 heures payées 39. Dans le premier cas, on a 12 millions de personnes dans les rues et heureusement, car au passage aux 35 heures à eu droit au gel des salaires pendant 3 ans (quand ce n'était pas plus). Donc première solution impossible à appliquer car inique, injuste et ultra démoralisante, ce dont on n'a pas besoin en ce moment.<br /> Deuxième solution, 39 heures payées 39, représente une augmentation de salaire d'environ 12%. Sachant que dans le compte d'exploitation d'une entreprise, le poste salaires et charges représente entre 20 et 40 % des charges d'une entreprise, tu riques d'amputer le résultat d'exploitation de plus de 50%, si l'entreprise est saine, et de sa totalité si l'entreprise rencontre des difficultés. Sans compter qu'au niveau macro-économique, une telle hausse massive de revenus engendre automatiquement une inflation au moins équivalente, avec pour corrolaire, sinon une hausse du chômage, au mieux une stagnation de l'emploi, ce n'est pas actuellement le but recherché. Sans compter que la BCE et l'Europe nous tomberaient dessus à bras raccourcis, pour dérive des comptes publics, non respect de la maîtrise du pacte de stabilité, et j'en passe.<br /> <br /> A mon avis, l'actuel gouvernement est en train de contourner les lois sur les 35 heures, et petit à petit on sera en mesure de les supprimer purement et simplement sans conséquence sur l'économie, mais cela risque de durée quelques années.<br /> <br /> Voila, Marc ,j'éspère avoir répondu à ta question<br /> <br /> GM
M
@GM, je viens de parcourir l'article et le post. Peu de temps aussi je relève un seul point: pourquoi Raffarin puis Galouzeau n'ont-ils pas abrogé la loi sur les 35 heures? Ils le pouvaient.<br /> Quant aux régimes spéciaux, seuls ceux qui en profitent veulent les maintenir!
G
Je me permets de réagir ce matin; non pas que celui-ci ne soit pas excellent, comme à son habitude ;) , mais un passage m'a fait bondir, "Dans le monde du président de la République, le concret est remplacé par une construction de l'esprit, un truc énorme, agité, difficile à suivre, et qui de façon curieuse évoquerait plutôt le gigantesque bordel qu'était le programme présidentiel de... Ségolène Royal !".<br /> <br /> J'ai déja bien noté ton aversion pour la personne du président comme pour ses méthode et ses idées, si tant est que tu lui prêtes encore des idées et des méthodes, mais là je suis en total désaccord sur ta vision des choses. J'aimerais quand même te rappeler plusieurs petites choses que S.Royal a ânonné durant cette campagne. Les régimes spéciaux de retraite ? Laissons les partenaires sociaux régler le problème. Les 35 heures ? Laissons les partenaires sociaux régler le problème. L'énergie nucléaire ? Organisons un moratoire. Le nombre de fonctionnaires ? On nommera une commission chargée de proposer une solution. La lutte contre le chômage ? On organisera une grande concertation qui proposera des idées. Bref, pour tous les problèmes, elle ne proposait rien d'autre qu'une concertation, une commission, un moratoire, du vent, rien que du vent, toi même tu étais consterné par cette approche, degré zéro de l'action politique. Aujourd'hui on a un Président qui va vite, qui fait, qui veut. Que ses mesures te déplaisent, soit, que tu sois convaincu de leur inutilité, soit, mais de grâce, ne verse pas dans l'anti-sarkozysme primaire. Ne singe pas la méluche ou montebourde, tu est bien mieux que ça. Tu vas dire que je reviens trop souvent sur l'analyze faite dans "Le grand dérangement de la Maison France", mais je trouve que tu es typiquement dans le cas des 60 millions de Français qui huent les changements -ô combien nécessaires- car ils boulversent nos petites habitudes. Ne le prend surtout pas mal, ce n'est en rien une critique, pas même un défaut. <br /> <br /> Ton esprit d'analyse et de synthèse sont même particulièrement vivaces, car tu as fait une description très fidèle (et très drôle) de E.Balladur et de J.Lang.<br /> <br /> Aller, à bientot.<br /> <br /> GM
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