La grande force de Nicolas Sarkozy
Ce matin, interview de Jack Lang par Jean-Michel Aphatie sur l'antenne de RTL. Lang se pose en victime d'un François Hollande qui voudrait l'empêcher de se livrer à sa passion de toujours, la réflexion sur la réforme des institutions de la République Française... Jack trouve François tellement méchant, tellement injuste qu'il dit que les membres de la direction du Parti socialiste devraient démissionner collectivement.
Plus tard, plusieurs socialistes s'expriment sur la déclaration quelque peu inattendue de Lang, alors qu'Hollande reste silencieux et même invisible pendant une bonne partie de journée. Pierre Moscovici raille Lang en le présentant comme un spécialiste reconnu du retournement de veste, une sorte de prima donna qui serait attirée par les ors de l'Elysée comme la lumière attire le papillon... Il y a du vrai dans ce que Moscovici dit. Plus tard, Olivier Le Foll, plus sérieux, tente de limiter l'effet des déclarations de Lang en disant que le vieux Jack est totalement isolé au sein du Parti socialiste, qu'il est le seul à penser ce qu'il pense et que ses propos n'engagent que lui.
En soirée, Hollande finit par apparaître, plus, sans doute, dans le cadre d'une interview qui correspond à une mise au point qui devait être faite que dans le cadre d'une rencontre prévue longtemps à l'avance. S'exprimant dans le JT du soir sur France 2, où il est reçu par David Pujadas, François ne semble pas particulièrement gêné par la situation. Aussi flasque et aussi peu convaincant que d'habitude, on peut même dire qu'il semble assez tranquille, sans doute parce que François Hollande a toujours sous-estimé le formidable pouvoir de nuisance des médias, qui ont passé toute la journée à répéter, détailler et commenter la suggestion faite par Lang d'une démission collective des membres du bureau national...
François ne semble pas mesurer la gravité de la situation. Considérant presque l'affaire Lang comme réglée, il promet "qu'il va" ou qu'on va rénover le parti, qu'on va faire des trucs, mettre en place des machins, réaliser des fourbis ou parachever des bidules... "On le fera et on renouvellera autant qu'il sera possible les générations, on renouvellera le PS et il sera là".
C'est vrai, le PS sera peut-être là, mais sans François Hollande qui depuis bientôt un an fait la preuve quotidienne de son incapacité à gérer quoique ce soit. Alors contre toute attente, c'est... Ségolène Royal qui pourrait tirer les marrons du feu ! Evacuée, quasie-absente de l'actualité, Ségo est aussi tenue à l'écart de l'effondrement du Parti socialiste. Bien qu'ayant personnellement une grosse part de responsabilité dans la situation actuelle du parti, elle pourra, dans le futur, dire qu'elle n'était même pas là quand l'édifice s'est écroulé, et il sera tentant pour beaucoup de penser (à tort) qu'effectivement, Ségolène n'y a été pour rien !
Autre événement de la journée, le discours de Nicolas Sarkozy à Epinal, parce que Sarkozy se prend pour le général De Gaulle... Simple confirmation du fait que ceux qui attendaient du changement devront commencer par attendre un autre président que Nicolas Sarkozy, car le président gratifie tout le monde, à commencer par lui-même, d'une nouvelle séance de nettoyage en public avec une brosse à reluire de plus en plus grande, si grande aujourd'hui qu'elle ne passait plus entre les portes.
Sarko se fait plaisir. Il jouit. De tout. D'abord de ce qui est devenu une confiscation du pouvoir politique et du pouvoir de la presse : le président doit présider, le gouvernement doit gouverner, les parlementaires doivent parlementer et dans ce cadre, l'opposition doit s'opposer ! A condition que ce soit lui, Nicolas Sarkozy, qui tire les ficelles de tout ce petit monde. A-propos de Jack, Nicolas dit qu'il l'accueillera à bras ouverts, parce que "sa famille" a été méchante avec lui mais que lui, devenu président de la République Française, donc également le papa de tous les Français, n'est pas comme ça ! Autour de ce moment probablement orgasmique pour lui, Nicolas Sarkozy déroule une liste de guainoseries aussi pompeuses qu'ineptes, qui ne signifient rien, comme la plupart des guainoseries.
On répète partout aujourd'hui que ce sera Edouard Balladur qui, sauf en cas de décès, sera à la tête de la commission de réflexion sur la réforme des institutions. Autant dire que l'on ne va rien réformer du tout, mais qu'Edouard va pouvoir se refaire une garde-robe à peu de frais, ou faire arranger son goître entre une réunion portant sur l'amorce d'une idée et une entrevue consacrée à l'ébauche d'une question... Quant à Jack Lang, on devine déjà qu'il sera encore plus bronzé que d'habitude après des semaines de travail forcément exténuantes : pour une raison très mystérieuse, le boulot, ça l'a toujours fait bronzer, le Lang...
Ces quelques lignes forment le triste bilan d'une journée au cours de laquelle il ne s'est rien passé du tout. Comme hier. Comme le jour d'avant. Comme celui qui a précédé et comme, peut-être, tous ceux qui suivront.
De manière différente, Jean-Michel Aphatie, dans son blog (article sur son interview de Lang ce matin), et Sylvain Besson pour Le Temps le rappellent : la grande force de Nicolas Sarkozy, c'est de faire croire qu'il se passe toujours quelque chose quand il ne se passe jamais rien.
Dans le monde du président de la République, le concret est remplacé par une construction de l'esprit, un truc énorme, agité, difficile à suivre, et qui de façon curieuse évoquerait plutôt le gigantesque bordel qu'était le programme présidentiel de... Ségolène Royal !
Rien d'approprié, rien qui tienne debout, rien qui ait le moindre sens par rapport à l'état d'urgence qu'il conviendrait d'instaurer dans tout le pays... A la lutte contre les déficits, Sarko a préféré le bouclier fiscal. A la lutte contre le chômage, le président a préféré la réflexion sur la réforme des institutions. A la nécessité de créer des conditions de séjour admissibles pour les détenus dans nos prisons, aussi, Sarkozy a préféré opposer un principe selon lequel le "fait du prince", en référence à des grâces qu'il aurait pu accorder à l'occasion de la Fête Nationale, ne devait plus être fait !
La facture ne cesse de s'allonger. Il faudra bien finir par la payer, car on ne peut pas être à la fois président et marchand de sable à plein temps.
Papier sur Lang dans le blog de Jean-Michel Aphatie
http://blogs.rtl.fr/aphatie/index.php/post/2007/07/12/Itv-Jack-Lang-12/07
Pas de "déstabilisation" du PS, selon Hollande (France 2)
http://info.france2.fr/france/32766730-fr.php
Sarkozy rejette un pouvoir présidentiel affaibli (Le Temps)
http://www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&article=211182