Pourquoi je soutiens les grévistes envers et contre tout
Va savoir, il y a peut-être des gens qui pourraient se poser la question... En attendant, voici ce que je réponds à notre ami David Mourey (dont tout le monde sait bien qu'il est professeur de Sciences Economiques et Sociales au célèbre lycée Charles le Chauve de Pontault-Combault), qui trouve dans un récent commentaire que le comportement quelque peu égoïste des cheminots n'est productif ni pour eux ni pour le reste d'une société moins bien lotie en termes d'avantages divers et variés.
Je pourrais être d'accord avec David si, euuuh, j'étais d'accord avec David, or ce n'est pas exactement le cas. Voyons donc si dans mon raisonnement j'arrive à emporter quelques adhésions, et disons que si je n'y arrive pas du tout, je saurai qu'il est inutile que je présente ma candidature à la présidence de la République en janvier ou février 2008.
Le blog de David Mourey
http://democratieetavenir.over-blog.com/
Avec un dernier article fort intéressant sur le tandem changement climatique / développement durable.
Ma réponse au commentaire de David, visible ici :
http://poliblog.canalblog.com/archives/2007/11/19/6945946.html#c10737280
Hello David,
D'autant plus content d'avoir un commentaire de ta part qu'ils sont rares ! :) Il y a évidemment du vrai dans ce que tu écris, cependant, si les cheminots ou d'autres n'avaient pas obtenu plus ou moins ce qu'ils voulaient à chaque fois qu'ils se sont mis en grève dans le passé, nous ne serions probablement plus confrontés depuis longtemps au cas de figure où ce qui reste une minorité peut empêcher une majorité de circuler "normalement". C'est donc l'Etat qui est responsable de la situation, et non les cheminots.
Peut-on pour autant parler d'une capacité de nuisance disproportionnée des cheminots, la principale différence entre eux et des salariés du privé étant qu'ils ont le pouvoir de se faire entendre via la grève alors que les autres ne l'ont quasiment jamais ? Pour moi la réponse est toujours non : si les salariés du privé avaient la possibilité de faire grève quelques jours par an pour obtenir une augmentation de salaire pour toutes les années à venir, nul doute que dès demain matin c'est toute la France qui serait en grève, toutes régions et tous secteurs d'activité confondus (ben tiens !).
Il y a, dans la critique actuelle (violente) des cheminots, plusieurs expressions de ce que j'appelerais des formes avérées de "révisionnisme", reposant toujours sur une extraordinaire mauvaise foi... typiquement française pour tout dire.
D'abord, la sous-représentation des syndicats chez nous est un cas de figure inconnu dans d'autres pays où les négociations au niveau national sont quasi-permanentes entre l'Etat et les syndicats (on préfère s'asseoir autour d'une table plutôt qu'attendre l'apparition de conflits larvés, prévisibles dans le cas de la France puisqu'ils sont, en réalité, devenus "obligatoires" pour que les syndicats, minoritaires, y soient simplement considérés comme quelque chose qui existe !) : des négociations quasi-permanentes, on (l'Etat) a toujours choisi d'ignorer totalement ce que c'était en France, Anne-Marie Idrac, par exemple, qui est tout de même la présidente de la SNCF, ne s'étant vraiment exprimée qu'une fois depuis son arrivée à la tête de l'entreprise (il y a seize mois !) pour demander aux cheminots de se remettre au boulot ! C'est dire tout le respect que l'on a pour les salariés à la SNCF comme ailleurs, le mépris affiché à leur endroit n'étant certainement pas pour rien dans l'apparition puis dans l'aggravation systématique de ce type de conflits, Idrac étant en passant un modèle du genre puisqu'elle continue d'envoyer quotidiennement son numéro deux sur le terrain sans jamais sortir de son burlingue (!)... (= on devrait virer ça vite fait.)
De même, dans d'autres pays il existe un réel sentiment d'appartenance de chacun à une "communauté" beaucoup plus large, ce sentiment n'existant plus vraiment chez nous (a fortiori depuis que Sarkozy joue les apprentis-sorciers en dressant tout le monde contre tout le monde, à chaque fois qu'un sujet le permet), y compris à gauche où l'occupation la plus répandue chez les éternels donneurs de leçons de la "démocratie républicaine" est de... "se pisser dessus", comme le faisait très justement remarquer un député socialiste à la fin de la campagne présidentielle...
Enfin, avant de se demander si les cheminots "devraient" faire grève ou si leur grève est "légitime", il faut rappeler que les véritables projets à moyen terme de Nicolas Sarkozy ne concernent "ni" les cheminots "ni" le reste du secteur public, ils concernent d'abord le secteur privé, pour lequel les parasites du MEDEF exigent à la fois un allongement de la durée hebdomadaire du travail, un allongement de la durée de cotisation et un accroissement de ce qu'ils osent encore appeller de la "flexibilité" (ça commence à faire beaucoup, non ?).
Moralité, en tout cas c'est la position que je défends ici, même si je ne suis pas fondamentalement d'accord avec les revendications des cheminots (qui sont une insulte au principe d'égalité de tous les salariés, voulu vraisemblablement par la majorité), je crois qu'il faut pourtant les considérer comme "l'avant-garde d'une armée qui n'a pas de corps d'armée" (après eux il n'y a rien), c'est-à-dire comme l'avant-garde de tous les salariés de France, du public comme du privé, sachant bien que contrairement à eux, ceux du privé n'auront jamais la possibilité de se défendre comme le font actuellement les cheminots : au lieu de les critiquer, on devrait donc... les défendre. Je dirais même plus, on devrait les défendre "coûte que coûte", quel qu'en soit le prix, car les factures qui suivront seront bien plus lourdes à régler pour tout le monde que quelques jours ou semaines de blocage qui frappent essentiellement les grandes villes (et les grandes villes ne sont pas la France, bien que certains tiennent absolument à nous persuader du contraire, surtout ces jours-ci).
Dans le même ordre d'idées, sur la justification des projets "medefiens" que Sarkozy doit d'abord tester sur la fonction publique pour que les mêmes réformes passent mieux ensuite dans le privé (ici on parle évidemment de l'allongement de la durée de cotisation), il serait intéressant que le chef de l'Etat nous explique (enfin) "où" passe l'argent que les Français versent quotidiennement à l'Etat, via la cascade d'impôts directs et indirects que nous ne cessons de payer et qui sont les plus étouffants de la planète, aussi bien pour les entreprises que pour les citoyens.
Accessoirement, et j'en parle un peu dans mon dernier sujet, la brutalité (c'est le mot qui convient) avec laquelle le gouvernement essaie d'imposer une réforme rapide des régimes spéciaux, la façon nauséabonde dont il tente de dresser tout le monde contre les cheminots et les efforts qu'il déploie pour faire dégénérer le conflit ne sont pas des fruits du hasard, pas plus qu'ils ne sont des "conséquences" des ruades des cheminots : tant qu'on parle de grévistes qui feraient chier tout le monde, quitte à créer des mythes et des tensions en pointant toujours un doigt on ne peut plus accusateur vers eux, on ne parle pas du pouvoir d'achat, ni du chômage, ni de la précarité, ni de la pauvreté, ni de ceux qui dorment dans la rue, ni de la place de la France sur la scène internationale avec un Sarkozy qui enfonce maintenant ostensiblement son nez entre les deux fesses de Bush, etc.
Ceci dit, je ne doute pas que par un tour de passe-passe dont il a le secret, Nicolas Sarkozy va nous expliquer mercredi que les prévisions de croissance ne seront pas atteintes à cause des cheminots (ou quelque chose du même goût), lesdits cheminots (de même que les adversaires des réformes en général, dont les fonctionnaires qui vont faire grève demain) portant seuls (ou presque) la responsabilité d'une croissance en berne qui elle-même interdira d'envisager... une augmentation du pouvoir d'achat (ah ben tiens, ben ça sert finalement les cheminots) !
Dit comme ça, le scénario ne tient évidemment pas debout une seconde, mais c'est pourtant la prochaine ("énième") salade que le marchand Sarkozy va essayer de nous vendre... Seul moyen pour lui de continuer à faire illusion, alors que de toute évidence, nous avons affaire à un vulgaire illusionniste de foire incapable de résoudre les véritables problèmes du pays... Il est clair, d'ailleurs, que Nicolas Sarkozy n'a absolument aucune intention de s'attaquer au plus petit d'entre eux, mais c'est là un tout autre débat.
Illustration : dessin trouvé sur le site grifil.com ( http://www.grifil.com/ ), où vous pourrez trouver d'autres dessins bien sympathoches d'un petit personnage en fil de fer dont le seul défaut est qu'il se la coule douce depuis mars 2007 (serait-il en grève, lui aussi ?).